Le communiquant, le journaliste, un bras de fer permanent…
Je souhaite débuter cet article sur une citation de Molière : « Par ma foi ! Il y a plus de quarante ans que je dis de la prose sans que j’en susse rien, et je vous suis le plus obligé de monde de m’avoir appris cela. »
De la même façon, nous communiquons sans savoir que nous communiquons : nos gestes, nos paroles… En France, il y a un truc que les journalistes adorent : décrypter sous tous ses angles la communication de nos politiques. Des émissions sont dédiées à cela : déshabillons-les, sur Public Sénat, Mediapolis sur Europe 1 … Les médias se donnent à cœur joie de décrypter le moindre lapsus, le moindre détail, pouvant être interprété d’un point de vu communicationnel.
Les communicants, sont devenus des bêtes curieuses, autrefois, comme Jacques Pilan, ils étaient les « hommes de l’ombre », mais ce temps est révolu. Désormais, les communicants sortent au grand jour et sont connus de tous. Souvent, le journaliste fait pas semblant de croire que la communication politique n’existe pas, il s’interroge naïvement sur les intentions des décideurs politiques, ils spéculent sur les éventuels plans de communication ou portent un regard accusateur sur le communicant qui suit le politique.
En France, la communication, c’est maaaaaal ! Une étude Nielsen publiée dans le Figaro le 19/10/2009 nous apprenait que 38% des français trouvent la publicité inutile, contre seulement 18 % en Amérique Latine ou 14% au Moyen Orient et en Afrique. En France, la communication est forcément traduite comme de la manipulation mentale de l’hémisphère droit, la volonté de nuire … Les journalistes sont les relais de cette mentalité stupide.
Il est aisément compréhensible que ce soit eux, les colporteurs de cette mentalité. En effet, d’un côté, le communiquant doit défendre son client, protéger son image, protéger son intégrité, de sa visibilité média. De l’autre côté, le journaliste doit délivrer de l’information qu’elle soit favorable au politique ou qu’elle ne le soit pas. Par essence, les deux rôles sont destinés à s’opposer de façon perpétuelle.
Comment cette opposition se traduit-elle ? Je pense par le lynchage que font les médias des communicants. L’affaire DSK, en est un révélateur important. Je cite quelques titres abordant l’équipe d’Euro RSCG autour de DSK : « Le communicant de DSK qui voulait censurer Quatremer (Libé) » / « L’équipe de communication de l’ancien ministre controversée au PS » / « Affaire DSK : l’inquiétant pouvoir des communiquants » … Le communiquant, c’est la bête à abattre, le méchant manipulateur qui veut travestir la vérité.
Les médias, eux sont protégés par la sacro-sainte liberté d’expression. Dénoncer une erreur dans les médias, qu’elle soit fausse ou non est devenu un délit. L’opinion, elle sera nécessaire du côté de la liberté d’expression à tout prix.
Le serpent se mord la queue :
1) La liberté d’expression est un droit inaliénable
2) Les publicitaires par leurs messages orientés mettent en doute ce droit inaliénable
3) Orienter les messages, c’est manipuler
4) Les français ne font pas tellement la différence : le communicant et le politique restent la même personne, celui qui a tort, c’est d’abord le politique
5) Les médias s’occuperont de dénigrer le communicant ensuite … C’est de la démagogie …
Le communiquant est donc le bouc émissaire idéal pour se défouler : si le politique perd, ça sera la faute du communicant qui a mal fait son boulot, si le politique gagne c’est bien sur grâce à son charisme incroyable.
Le communicant a le mauvais rôle : il est contre la presse (et donc contre l’opinion), il est détesté par l’opinion et il n’a aucun droit de réponse.
Il est temps de changer notre regard sur la communication politique ! Il est temps d’assumer les rôles des communicants dans une campagne politique !









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